Le football camerounais est plongé depuis deux mois dans un marasme total. Il traverse sa plus grosse crise. La scène peut paraître surréaliste, mais elle est réelle. Le début du rassemblement des quintuples champions d’Afrique, en vue de préparer les matchs du 8 juin contre le Cap-Vert et celui trois jours plus tard face à l’Angola, dans le cadre des éliminatoires du Mondial 2026, s’est déroulé dans une grande confusion, sous le regard de certains haut gradés de l’armée Camerounaise. Le colonel Yves René Edgar Ekoman, commandant du quartier général, me souffle : « je suis là pour me rassurer que tout se passe bien afin d’en faire un compte rendu fidèle ».
Les vraies fausses instructions
Problème : l’équipe nationale de football du Cameroun, malgré les vraies fausses instructions du président de la République, compte jusqu’à ce jour, deux staffs techniques : l’un nommé par la Fécafoot, l’autre par le ministère des Sports, qui ont chacun de leur côté désigné un lieu pour le rassemblement des Lions. La Fécafoot avait au préalable choisi le complexe Mundi, mais le sélectionneur Marc Brys a jugé que c’était loin par rapport au stade militaire, qu’il a retenu comme terrain d’entraînement.
Et c’est ainsi que Benjamin Banlock, qui a reçu de l’argent du ministère des Finances, a fait les réservations des chambres à l’Hôtel Hilton pour l’ensemble des membres du staff, nommé par le ministre en charge des Sports, dès ce dimanche 2 juin 2024, vers 10h. Mis au parfum de cette information, Benoît Angbwa est venu à 12h dans le même hôtel, faire des réservations sans avoir avancé le moindre sous, pour le staff nommé par le président de la Fécafoot, Samuel Eto’o. Conséquence de cette confusion les deux staffs se sont retrouvés à l’hôtel Hilton.
La valse des arrivées des joueurs a débuté ce dimanche 2 juin vers 18h30. Bryan Mbeumo est le premier à fouler le parquet de l’hôtel Hilton. Il est accueilli par Benjamin Banlock. Ensuite, l’attaquant de Brentford est suivi par Carlos Baleba, John Bosco Nchindo, Simon Omossola. Les coordonnateurs, nommés par la Fecafoot (Angbwa Benoit, Serge Pensy) constatant que leur rival, Benjamin Banlock s’était organisé, a joué le beau rôle, vont se déployer eux-aussi pour accueillir les joueurs. C’est ainsi qu’ils vont notamment conduire Moumi Ngamaleu dans le hall de l’hôtel. Comme dans un vulgaire marché, les deux coordinations se disputent les « clients ».
La stupéfaction est générale. Les forces de maintien de l’ordre vont s’employer eux-mêmes pour diriger les joueurs : Christopher Wooh, Malcolm Bokele, Simon Ngapandouetnbu, Georges-Kevin Nkoudou, Harold Moukoudi, Olivier Ntcham, Christian Bassogog, Fai Collins, Jackson Tchatchoua, Yvan Dibango, Faris Moumbagna, Martin Hongla, André Onana, Vincent Aboubakar, Michael Ngadeu, Maxim Choupo-Moting, et Kunde Malong. Étaient encore attendus à 23h, Lamkel Zé, Nouhou Tolo, Raoul Danzabe, Guy Kilama, James Eto’o, Zambo Anguissa et Yvan Neyou.
Suspension du Cameroun
Entre temps, les tractations étaient toujours en cours. Le trafic d’influence aussi, avec comme épicentre la présidence de la République. Les dirigeants de l’hôtel Hilton qui disaient avoir reçu l’ordre de la présidence de la République de ne pas remettre les clés des chambres à Benjamin Banlock, vont sur d’autres instructions céder peu avant 22h. Les joueurs qui attendaient depuis le hall du 10e étage peuvent enfin entrer dans leurs chambres, ainsi que les membres du staff, désignés par le ministre des Sports. Le staff de la Fécafoot y compris son secrétaire général Blaise Djounang va quitter les lieux peu avant 23h.
A noter, qu’entre temps, Marc Brys a fait quelques concessions en admettant cinq membres du staff de Samuel Eto’o à le rejoindre. Il s’agit de Carlos Kameni (adjoint d’Alioum Boucar), Dr Fotso (adjoint du professeur Ngatchou), Narcisse Tinkeu (adjoint de Manouvrier) et deux kinés.
Mais ce lundi 3 juin, la situation continue d’être hallucinante autour de la sélection du Cameroun. La Fécafoot n’a pas encore mis à la disposition des Lions Indomptables, les équipements d’entraînement et le bus de transport. On se demande comment Marc Brys et son équipe pourront dans ces conditions se préparer sereinement. Or, les enjeux sont énormes. Les Lions jouent gros. A ce rythme de confusion totale, la Fifa pourrait suspendre le Cameroun de toutes compétitions internationales.


