Il y a des performances qui s’écrivent en chiffres, d’autres qui s’inscrivent dans l’histoire. Celle de Mohamed Salah cette saison est un peu des deux. Vingt-huit buts, dix-huit passes décisives, une Premier League remportée avec Liverpool, et surtout, un troisième titre de Footballeur de l’année décerné par la très respectée Football Writers’ Association (FWA). Mohamed Salah ne fait plus seulement partie des grands noms de la Premier League : il en est devenu une légende vivante.
L’attaquant égyptien, déjà sacré en 2018 et 2022, a écrasé la concurrence en recueillant près de 90% des suffrages, soit la plus grande marge de victoire enregistrée par la FWA au XXIe siècle. Ce plébiscite, qui dépasse les simples louanges, le place à égalité avec Thierry Henry, seul joueur jusqu’ici à avoir remporté trois fois ce prestigieux prix (2003, 2004, 2006). Une performance historique, d’autant plus symbolique que Salah continue de briller dans un championnat reconnu pour sa compétitivité féroce.
Cette saison 2024/25 restera gravée dans les annales : non seulement Salah a conduit les Reds au sommet de la Premier League, mais il s’est également illustré par son efficacité impressionnante, et son altruisme redoutable. En cumulant 28 buts et 18 passes décisives, il n’est pas seulement le meilleur buteur, mais aussi, le meilleur passeur du championnat. Un doublé rare qui en dit long sur sa capacité à sublimer non seulement son propre jeu, mais aussi celui de ses coéquipiers.
À 32 ans, l’enfant de Nagrig, petit village du delta du Nil, prouve qu’il n’a rien perdu de sa vivacité, ni de sa détermination. Passé par Bâle, Chelsea, la Fiorentina et l’AS Roma, c’est à Liverpool que Salah a trouvé sa pleine dimension. Depuis 2017, il y enchaîne les saisons de haut vol, devenant un rouage essentiel du système de Jürgen Klopp. Sous ses couleurs, il a déjà remporté une Ligue des Champions, une Premier League, une FA Cup, et désormais un nouveau sacre individuel.
Mais au-delà des trophées, ce sont les chiffres qui parlent : Salah totalise désormais 185 buts en Premier League. Il n’est plus qu’à deux unités de dépasser Andy Cole, quatrième meilleur buteur de l’histoire du championnat. Une performance exceptionnelle, qui pourrait être atteinte dès les premiers matchs de la prochaine saison. À ce rythme, l’Égyptien menace les monuments de la compétition, s’approchant un peu plus de la légende d’Alan Shearer (260 buts), Rooney (208) ou encore Kane (213).
Et pourtant, Salah reste d’une humilité exemplaire. Rarement dans l’esbroufe, il préfère laisser son football parler. Sur le terrain, sa vitesse, sa précision chirurgicale et sa vision du jeu continuent d’émerveiller les amateurs comme les puristes. Hors du terrain, il est un ambassadeur de son pays, et de l’Afrique tout entière, un modèle de persévérance et de discipline. Il incarne une génération de footballeurs africains qui réussissent à briller au plus haut niveau tout en assumant leur identité.
Le président de la FWA, John Cross, n’a d’ailleurs pas caché son admiration en évoquant « un joueur hors norme qui allie performance, leadership et constance sur plusieurs saisons ». En plus de Salah, d’autres noms ont été cités pour cette distinction : Virgil van Dijk, son coéquipier à Liverpool, et Alexander Isak, l’attaquant de Newcastle, ont respectivement terminé deuxième et troisième. Mais aucun n’a pu rivaliser avec la saison étincelante de l’Égyptien.
Cette consécration s’inscrit dans une saison où le football anglais a aussi mis en lumière d’autres talents, comme Alessia Russo chez les femmes, récompensée par la FWA pour ses performances avec Arsenal et son impact en Ligue des champions féminine. Mais dans la catégorie masculine, Salah était tout simplement au-dessus.
Pour Liverpool, ce nouveau sacre de son attaquant vedette est aussi une forme de reconnaissance pour le travail collectif du club. Jürgen Klopp, qui a annoncé son départ à la fin de la saison, a laissé une équipe compétitive, portée par des leaders d’expérience comme Salah. Son héritage, c’est aussi cette capacité à faire éclore des talents et à en tirer le meilleur.
À l’échelle mondiale, Salah renforce également son aura. Déjà considéré comme l’un des plus grands joueurs africains de tous les temps, il s’inscrit désormais dans le cercle très fermé des footballeurs qui ont durablement marqué l’histoire d’un championnat aussi relevé que la Premier League. Sa régularité, sa longévité et ses records en font un candidat naturel aux prochaines distinctions internationales. …
Et s’il fallait encore une preuve de sa popularité, elle se lit dans les tribunes d’Anfield, où son nom est scandé chaque semaine avec ferveur. Elle se mesure aussi dans l’attente fébrile de ses compatriotes égyptiens, qui voient en lui un héros national. Pour beaucoup, il est bien plus qu’un footballeur : il est un symbole d’espoir, de réussite et de fierté.
Alors que la saison touche à sa fin, une question demeure : jusqu’où ira Mohamed Salah ? Son contrat court encore, son physique reste affûté, et sa soif de victoires semble intacte. À 32 ans, il n’a pas dit son dernier mot. L’histoire est loin d’être terminée.


