L’élection présidentielle de la FIFA du 18 mars 2027 ne ressemble plus à la course annoncée quelques mois plus tôt. Gianni Infantino avait déclaré dès mai 2026 qu’il serait candidat à un nouveau mandat. Mais depuis, le projet de création de la FIFA Forward Enterprise, destiné à regrouper les activités commerciales des compétitions de la FIFA et à permettre l’entrée d’investisseurs privés, a provoqué une crise de gouvernance.
Le projet prévoyait notamment la cession de 20 % d’une nouvelle entité commerciale à des investisseurs privés, pour une valeur annoncée de 4,2 milliards de dollars. Face aux oppositions, FIFA a finalement abandonné l’initiative le 31 juillet. L’enjeu est désormais électoral : Infantino doit préserver les soutiens nécessaires pour rester à la tête d’une organisation qui compte 211 associations membres.
Le projet commercial a changé la nature de la campagne
Le dossier FIFA Forward Enterprise constitue le principal point de rupture de ces dernières semaines. L’initiative devait permettre à des investisseurs privés de prendre une participation minoritaire dans une structure chargée notamment de valoriser les droits commerciaux des compétitions de la FIFA. L’objectif affiché par l’instance était d’augmenter les ressources consacrées au développement du football.
Selon la FIFA, le mécanisme devait notamment permettre d’augmenter les financements du programme Forward. Pour le cycle 2027-2030, l’organisation avait évoqué une enveloppe pouvant atteindre 20 millions de dollars par association membre, contre 8 millions de dollars sur le cycle précédent, avec la possibilité d’un financement supplémentaire dans le cadre du programme Fast Forward. Mais le projet a provoqué une réaction immédiate de plusieurs confédérations.
L’UEFA, la CONCACAF et la Confédération asiatique de football (AFC) ont dénoncé la manière dont le projet avait été préparé et demandé une réévaluation de la gouvernance de la FIFA. Dans une lettre commune rendue publique le 10 août, les trois confédérations ont notamment demandé une revue indépendante du dossier et critiqué la conduite du processus.
L’UEFA avait même menacé de boycotter les compétitions de la FIFA avant le retrait du projet. L’opposition dispose d’un poids électoral important, mais pas encore d’une candidature unifiée La contestation ne signifie toutefois pas automatiquement que Gianni Infantino est battu. La FIFA compte 211 associations membres et le président est élu par le Congrès. L’opposition doit donc transformer la contestation actuelle en majorité électorale.
Plusieurs noms ont été évoqués dans les discussions autour d’une éventuelle candidature concurrente, notamment le président de la CONCACAF Victor Montagliani, le président de l’UEFA Aleksander Čeferin ou encore Nasser Al-Khelaïfi. À ce stade, aucun de ces profils ne constitue toutefois officiellement une candidature alternative comparable à celle d’Infantino. Cette absence de challenger clairement installé constitue un élément important de la situation actuelle. L’Afrique reste le principal bloc électoral d’Infantino
C’est sur ce terrain que le président de la FIFA conserve son avantage le plus net.
Les 54 associations membres de la Confédération africaine de football représentent plus d’un quart des membres de la FIFA. En avril 2026, les fédérations africaines avaient unanimement décidé de soutenir la candidature d’Infantino pour le mandat 2027-2031. Le président de la CAF, Patrice Motsepe, a depuis réaffirmé que l’avenir d’Infantino devait être décidé par les 211 associations membres lors de l’élection de mars 2027. Il a également confirmé que le dirigeant bénéficiait toujours du soutien de la CAF.
Ce positionnement donne à Infantino un socle électoral considérable. Mais les événements récents montrent également que le vote africain ne doit pas être considéré comme une simple donnée arithmétique acquise jusqu’au jour du scrutin. Plusieurs fédérations africaines ont individuellement renouvelé leur soutien au président de la FIFA. Le Qatar, l’Égypte, le Liban, le Maroc, le Soudan et la Mauritanie ont notamment publié une déclaration favorable à Infantino ces derniers jours.
Le calcul électoral reste ouvert
Avec 211 associations membres, la réélection dépendra du nombre de candidats et du résultat des différents tours de scrutin. Selon les règles électorales applicables, dans une configuration avec deux candidats, la majorité absolue des suffrages exprimés est déterminante. Les rapports actuels évoquent un seuil de 106 voix lorsque deux candidats sont en lice. Avec plusieurs candidats, les conditions de majorité évoluent selon le tour.
Les 54 voix africaines peuvent donc peser lourd dans le résultat final.
Mais le véritable enjeu pour Infantino sera de conserver, au-delà de l’Afrique, les soutiens obtenus en Amérique du Sud, en Asie, en Amérique du Nord et dans d’autres fédérations membres. À l’inverse, l’opposition devra démontrer qu’elle peut réunir une majorité suffisamment large pour transformer la crise actuelle en alternance.
Le prochain rendez-vous sera à Rabat
Le calendrier électoral donne désormais une échéance précise à cette bataille. Le 77e Congrès de la FIFA, qui sera également le congrès électif, se tiendra le 18 mars 2027 à Rabat, au Maroc. D’ici là, les rapports de force peuvent encore évoluer. La controverse autour du projet d’ouverture du capital a déjà provoqué des retraits de soutien de certaines fédérations. La Nouvelle-Zélande a notamment annoncé le 14 août qu’elle retirait son soutien à la réélection d’Infantino, en invoquant les préoccupations liées au projet abandonné et à la gouvernance de la FIFA.
La campagne entre donc dans une phase où chaque fédération devient un élément du calcul électoral. La réélection de Gianni Infantino n’est pas, à ce stade, compromise, mais elle n’apparaît plus comme une simple formalité. Le retrait du projet FIFA Forward Enterprise a ouvert une crise de confiance avec plusieurs confédérations, tandis que certaines fédérations commencent à revoir leur position.
Face à cette contestation, Infantino conserve cependant un avantage majeur : le soutien unanime annoncé par les 54 associations de la CAF, auquel s’ajoutent d’autres appuis à travers le monde. La prochaine échéance est désormais le 18 mars 2027 à Rabat. D’ici au vote, la question centrale ne sera plus seulement celle de l’abandon du projet commercial, mais celle de la capacité de chaque camp à transformer ses soutiens actuels en majorité au Congrès de la FIFA.


