Il ne lui a fallu que 81 jours pour marquer son nom dans les esprits des fans d’athlétisme. Henry Rono, ancien athlète kényan est entré dans l’histoire comme celui qui a battu quatre records du monde en 81 jours, entre avril et juin 1978. Le 8 avril de cette année-là, alors étudiant aux Etats Unis, Rono bat son premier record du monde à Berkeley, en Californie. Le spécialiste du fond et du demi-fond est monté sur le podium du 5 000 m avec un chrono de 13 minutes, huit secondes et quatre centièmes, améliorant ainsi le record établi par Dick Quax l’année précédente de quatre secondes et demie.
Âgé de 26 ans, le coureur va à l’assaut du 3 000 m steeple. Rono a battu son deuxième record sur cette distance le 13 mai 1978 à Seattle en franchissant la ligne d’arrivée en huit minutes cinq secondes et quatre tiers. Un chrono qui améliore de 2,6 secondes le record établi il y a près de deux ans par Anders Garderud. Ce dernier record tiendra jusqu’en 1989.
Durant cette période, Henry Rono s’est également imposé que le 10 000 m. Le 11 juin, il a battu le record du monde sur cette distance au Cricketer Place de Vienne. Laquelle distance a été courue en 27:22.47, battant ainsi le précédent record de 27:30.47 établi par Samson Kimobwa un an plus tôt. Le fondeur s’est aussi adjugé le record du 3 000 m avant de remporter deux médailles d’or aux Jeux du Commonwealth et deux autres aux Jeux africains la même année. Cette performance a consacré l’un des meilleurs fondeurs des années 70.
Le sportif kényan est diplômé de l’université d’État de Washington en 1981. Année où il établit le cinquième record du monde de sa carrière à Knarvik en Norvège. Une victoire au goût particulier, en raison de son alcoolisme puisqu’il avait bu la veille de la course, selon Le Parisien.
Au total, Henry Ronoa remporté 31 courses en plein air en 1978. Aux Jeux panafricains d’Alger, il a fait un doublé en s’imposant sur le 3 000 m steeple et sur le 10 000 m. Ses performances ont également ébloui le public des Jeux du Commonwealth d’Edmonton, où il a remporté le 3 000 m steeple et le 5 000 m.
Du rêve brisé d’un sacre olympique à une descente aux enfers
La carrière de Rono garde le souvenir d’une course inachevée. En effet, fort de ce succès, le Kenyan rêve d’un sacre olympique. Un rêve aux allures de faux départs puisque les pays africains ont boycotté les Jeux olympiques de Montréal en 1976 et ceux de Moscou en 1980. La première fois pour protester contre la présence d’une équipe de Nouvelle-Zélande, dont les joueurs de rugby avaient effectué une tournée en Afrique du Sud alors que ce pays était banni des Jeux pour cause d’apartheid. En 1980, le Kenya avait suivi les États-Unis qui boycottaient ces Jeux à la suite de l’invasion de l’Afghanistan par l’URSS. Plus tard, Rono considérera ces absences comme une tragédie personnelle dans sa carrière.
Peu à peu, le sportif kényan a sombré dans l’alcoolisme. De petits boulots en petits boulots aux Etats Unis, il a fini par devenir employé à l’aéroport d’Albuquerque, dans le Sud des Etats-Unis. Sous le poids de l’âge, il demande le soutien de l’Etat kényan pour organiser son retour au pays. Le vœu de celui qui a pu vivre ces derniers jours dans son Kenya natal où il a rendu l’âme le 15 février 2024, à 72 ans, a été exaucé.
Formation et reconversion
Né le 12 février 1952, le fils de Kiptaragon est titulaire d’un diplôme en études générales de l’université d’État de Washington obtenu en 1981. Après sa retraite, l’homme qui a contribué à écrire l’une des plus belles pages de l’histoire de l’athlétisme kényan, est revenu sur les pistes avec une casquette d’entraîneur.
« Mes deux rêves ont pris forme dans les années 1960. Je suis devenu enseignant professionnel et champion d’athlétisme… La carrière de coureur a débuté au début des années 1970 et s’est terminée 25 ans plus tard. La carrière d’enseignant a débuté dans les années 1990, et aujourd’hui, je la savoure bien plus que la célébrité sportive »,
déclarait-il dans une interview à World Athletics en 2003. De la vallée du Rift au Kenya à Washington, Henry Rono a magnifié l’athlétisme kényan sur les pistes du monde grâce à ses performances.


