Kim Le Court, À 29 ans, incarne à elle seule les aspirations, les défis et les espoirs d’un continent qui cherche à s’affirmer dans un sport encore très européen. Née à l’île Maurice, elle n’a jamais suivi un chemin tout tracé vers l’élite. Spécialiste du VTT, elle s’était essayée au cyclisme sur route dès 2015, mais sans succès.
J’abandonnais ou je finissais dernière. Ce n’était vraiment pas mémorable.
Kim Le Court
Ce n’est qu’en 2023, presque par défi, qu’elle fait le pari d’un retour sur route. Le déclic survient avec son intégration dans l’équipe belge AG Insurance-Soudal, qui lui offre une seconde chance. Depuis, la progression est fulgurante. En 2025, elle s’impose à Liège-Bastogne-Liège, entre dans le top 5 du Tour des Flandres, puis termine deuxième de la première étape du Tour de France Femmes à Plumelec, avant d’endosser le maillot jaune le lendemain à Quimper.
Sur les routes bretonnes, la Mauricienne devance au classement général la Néerlandaise Marianne Vos grâce à une meilleure régularité.
Honnêtement, je ne m’en suis pas rendu compte. Mon équipe m’a dit que je prenais le maillot jaune. Je suis encore sous le choc.
Kim Le Court
Un symbole pour tout un continent
Ce maillot jaune ne célèbre pas seulement le talent d’une athlète. Il est le reflet d’un changement plus profond dans le cyclisme africain. Jusqu’ici, les cyclistes africains restaient marginaux dans les grandes compétitions mondiales, souvent freinés par le manque d’infrastructures, de formations locales et de soutien institutionnel. Kim Le Court a dû quitter son île pour s’entraîner en Afrique du Sud, comme tant d’autres talents du continent contraints de s’exiler pour progresser.
À Maurice, c’est compliqué pour le vélo. Pour la route, il faut quitter l’île, c’est dommage .
Pourtant, son succès vient confirmer une dynamique enclenchée depuis plusieurs années. Avant elle, des figures comme le Sud-Africain Daryl Impey, premier Africain à porter le maillot jaune en 2013, ou l’Érythréen Daniel Teklehaimanot, qui avait revêtu le maillot à pois en 2015, avaient ouvert la voie. Mais c’est surtout Biniam Girmay qui a marqué les esprits en 2024, devenant le premier coureur noir africain à remporter une étape du Tour de France masculin et à décrocher le maillot vert du meilleur sprinteur.
Derrière ces exploits, un travail de fond est mené. L’Union cycliste internationale (UCI) a lancé en 2022 sa stratégie « Afrique 2025 », avec pour objectif d’accompagner les meilleurs talents africains jusqu’aux Championnats du monde de cyclisme sur route, qui auront lieu du 21 au 28 septembre 2025 à Kigali, au Rwanda. Pour la première fois de l’histoire, cet événement se tiendra sur le continent africain. Une consécration pour tous les efforts déployés depuis une décennie.
Le projet Afrique 2025 vise à identifier, former et encadrer les jeunes coureurs les plus prometteurs du continent.
Jacques Landry, directeur du Centre mondial du cyclisme UCI
Des camps d’entraînement, des stages et des partenariats ont été noués dans plusieurs pays africains pour favoriser l’émergence d’une génération capable de rivaliser avec les meilleures nations. Kim Le Court est l’illustration de ce travail patient. Si elle a dû franchir de nombreux obstacles, son exemple montre qu’avec de la volonté, du soutien et des opportunités, l’Afrique peut produire des champions capables de briller sur les plus grandes scènes mondiales. Elle rejoint ainsi le cercle encore restreint des Africains porteurs d’un maillot distinctif sur le Tour.
En route vers Kigali
Les yeux sont désormais tournés vers Kigali, qui s’apprête à accueillir l’un des parcours les plus redoutés de l’histoire des mondiaux. Sur la course en ligne masculine, les coureurs devront affronter près de 5 475 mètres de dénivelé positif sur 267,5 km, avec notamment des ascensions sur le Mont Kigali (5,9 km à 6,9 %) et le Mur de Kigali (400 m à 11 %, pavés). Des chiffres qui annoncent une bataille impitoyable pour le maillot arc-en-ciel.
Pour les cyclistes africains, l’enjeu est immense : briller à domicile, devant un public conquis d’avance, mais aussi prouver que l’Afrique est devenue une terre de cyclisme. Kim Le Court, avec son sourire et sa détermination, a montré la voie. À Quimper, elle a porté bien plus qu’un maillot : elle a porté un continent. Et comme le résume le slogan de Kigali 2025 : « Atteindre de nouveaux sommets », un objectif qui n’a jamais paru aussi proche.


