Un contentieux né sur le chantier d’Olembé
Le différend entre l’État camerounais et Gruppo Officine Piccini remonte à novembre 2019, lorsque le contrat du groupe italien pour la construction du complexe sportif d’Olembé a été résilié. Le projet avait été lancé dans la perspective de la Coupe d’Afrique des nations. Le complexe devait notamment comprendre un stade de 60 000 places ainsi que plusieurs infrastructures complémentaires. Le contrat de construction avait été signé en décembre 2015, pour un délai initial de 30 mois.
La rupture du contrat a marqué le début d’un long bras de fer entre les deux parties. Alors que les autorités camerounaises invoquaient notamment des manquements dans l’exécution du marché et les retards du chantier, Piccini a contesté la décision et engagé une procédure d’arbitrage international. Sept ans plus tard, le tribunal arbitral a rendu sa sentence.
51,5 milliards de FCFA, et non 250 milliards
Un chiffre doit être clairement distingué dans ce dossier : les 250 milliards de FCFA souvent évoqués ne correspondent pas au montant de la condamnation. Cette somme renvoie aux montants réclamés par Piccini au cours de la procédure. Le tribunal arbitral a finalement fixé l’indemnisation à 78,5 millions d’euros, soit environ 51,5 milliards de FCFA.
La sentence retient notamment une expropriation illégale de l’investissement de Piccini, un manquement à l’obligation de traitement juste et équitable ainsi qu’à celle de pleine protection et sécurité. Certaines autres demandes formulées par le groupe italien ont toutefois été rejetées. À l’indemnisation s’ajoutent des éléments liés aux frais de procédure ainsi que des intérêts prévus par la sentence. La facture financière du dossier ne doit donc pas être réduite au seul chiffre de 51,5 milliards de FCFA.
Une facture qui dépasse le simple conflit entre deux parties
C’est ici que le dossier d’Olembé prend une dimension plus large. La sentence du CIRDI intervient plusieurs années après la CAN 2021, compétition pour laquelle le complexe avait été conçu comme l’une des principales infrastructures. Le contentieux rappelle ainsi qu’une infrastructure sportive continue de produire des conséquences longtemps après la tenue de l’événement qui a justifié sa construction. Le temps d’une compétition et celui d’un équipement sportif ne sont pas les mêmes.
Une CAN se déroule sur quelques semaines. Un stade est appelé à être exploité pendant plusieurs décennies. Entre ces deux temporalités, il y a les coûts de construction, les éventuels travaux supplémentaires, l’entretien, l’exploitation, les événements accueillis et, dans le cas d’Olembé, les procédures judiciaires et arbitrales. C’est cette succession d’étapes qui permet de mesurer réellement la trajectoire d’un tel investissement.
Après la CAN, la question de l’utilisation
Olembé ne doit plus seulement être regardé à travers le prisme de la CAN 2021. Le complexe doit désormais démontrer sa capacité à fonctionner comme une infrastructure sportive dans la durée. Des activités y sont organisées depuis la compétition, notamment dans le cadre de l’Olembé Golden Week, qui vise à multiplier les usages sportifs et événementiels du site.
Cette évolution constitue un autre élément du dossier : la valeur d’un grand équipement ne dépend pas uniquement de sa capacité à accueillir une compétition internationale, mais aussi de son utilisation après celle-ci. Pour Olembé, l’enjeu est donc désormais de maintenir une activité régulière et de donner au complexe une place durable dans le calendrier sportif camerounais.
Le deuxième match est celui de la durée
La condamnation de Piccini ne permet pas, à elle seule, de dresser le bilan définitif d’Olembé. Pour établir un véritable bilan économique, il faudrait mettre en regard l’ensemble des dépenses engagées, les coûts liés à l’achèvement du complexe, les charges d’entretien et d’exploitation, mais aussi les recettes et les activités générées par le site.
Ces données permettraient de mesurer la performance économique de l’infrastructure sur plusieurs années. En revanche, la sentence du CIRDI apporte un élément supplémentaire à cette histoire : le coût d’un grand projet sportif ne s’arrête pas nécessairement lorsque les tribunes se remplissent et que la compétition commence.
Une nouvelle étape pour le complexe
Le Cameroun conteste la sentence rendue par le tribunal arbitral et entend utiliser les mécanismes prévus dans le cadre de la procédure CIRDI. Il faudra donc attendre l’issue des éventuelles procédures engagées avant de considérer définitivement clos le volet judiciaire du dossier. Pendant ce temps, le complexe reste une infrastructure dont l’État doit assurer la valorisation et l’utilisation.
C’est précisément ce qui donne tout son sens au titre de ce dossier : après le premier match, celui de la CAN, un deuxième match commence désormais, celui de la durée, de l’exploitation et du bilan d’un équipement dont l’histoire continue de s’écrire.
Olembé n’est plus seulement le stade associé à la CAN 2021. Le complexe est désormais confronté à une autre réalité : celle d’un investissement sportif dont les conséquences se mesurent plusieurs années après la compétition. Les 51,5 milliards de FCFA accordés à Piccini par le CIRDI, auxquels s’ajoutent intérêts et certains frais, constituent une nouvelle donnée dans cette histoire. Mais le véritable bilan d’Olembé nécessitera de regarder plus loin que cette condamnation.
La prochaine étape sera celle de son utilisation, de sa rentabilité, de son entretien et de sa capacité à rester un équipement sportif majeur au Cameroun. Le premier match s’est joué pendant la CAN. Le deuxième commence maintenant.


