Emmanuel Eseme, recordman camerounais du 100 m et figure la plus médiatisée, incarnait les espoirs du Cameroun. À Tokyo, il n’a jamais semblé en mesure de rivaliser avec les sprinteurs mondiaux, plafonnant à 10’’24. À ses côtés, Hervége Kolle Etamé s’est arrêtée à 11’’55 sur 100 m, Anne-Suzanne Fosther-Katta a réalisé 13,45 m au triple saut et Nora Monie Atim a lancé le disque à 55,69 m. Des performances correctes mais insuffisantes pour accéder aux demi-finales.
Ces résultats répètent le scénario observé à Budapest il y a deux ans : participation sans podium, frustrations et questionnements sur la préparation des athlètes. L’écart avec l’élite mondiale reste flagrant, malgré la présence de talents capables de performances internationales. Le constat mettrait en lumière un système fédéral faible et une discipline qui peine à structurer sa relève. Les Mondiaux servent davantage à exposer les limites qu’à célébrer les exploits.
La Fédération camerounaise d’athlétisme se retrouve au centre des critiques. Ancien président de la structure, Ange Ntsama dénonce l’absence de vision et de préparation. Selon lui, la présence des athlètes sur le terrain ne suffit pas.
Sans encadrement technique et compétitions locales régulières, les performances restent anecdotiques .
Le déficit structurel se traduirait par un manque d’infrastructures modernes, l’insuffisance d’encadrement scientifique et médical et une faible dotation financière. D’autres nations africaines ont construit des pôles d’excellence et misé sur des programmes de formation pérennes. Le Cameroun, lui, continue d’aligner des talents isolés sans projet collectif. L’absence de continuité dans la formation et le suivi des athlètes est frappante. Les Mondiaux deviennent ainsi un révélateur des carences du système, exposant un fossé entre potentiel individuel et préparation réelle pour la compétition internationale.
Des promesses timides
Malgré les résultats médiocres, certains signes laissent entrevoir un potentiel inexploité. Fosther-Katta, pour sa première participation, a franchi 13,45 m au triple saut. Monie Atim a dépassé les 55 m au disque. Ces performances ne permettent pas de viser les finales, mais elles témoignent de capacités encore insuffisamment exploitées. Eseme illustre à lui seul cette contradiction. Talent indéniable, habitué aux compétitions Diamond League, il symbolise la difficulté de transformer un profil individuel en résultat collectif.
La comparaison avec Françoise Mbango, seule athlète camerounaise médaillée aux Championnats du monde (argent en 2001), est inévitable. Mbango a été double championne olympique, mais aucun successeur n’a su s’imposer depuis. Son héritage met en évidence un manque de continuité et de structuration du sport. Cette mémoire historique pèse sur les jeunes athlètes, confrontés à des attentes fortes sans les moyens adaptés pour les satisfaire. L’écart entre inspiration et soutien réel reste un obstacle majeur.
Le Championnats du monde d’athlétisme Tokyo 2025 a permis de confirmer que le Cameroun dispose de talents mais manque de stratégie. Les nations performantes investissent dans la formation, les infrastructures et des compétitions locales structurantes. Le Cameroun pourrait s’inspirer de ces modèles pour transformer ses promesses en résultats. Sans plan de développement clair, le cycle de participation sans podium risque de se répéter. Le défi n’est pas seulement de participer aux championnats, mais de créer les conditions pour que des athlètes puissent rivaliser et réussir.


