Pensé à l’origine comme une vitrine exclusive pour les joueurs évoluant dans les championnats nationaux, le CHAN offrait une rare exposition continentale à des talents souvent éclipsés par les joueurs expatriés. Son annulation prive ces footballeurs d’un espace stratégique de visibilité, au moment même où la CAF concentre ses efforts sur des compétitions à forte valeur commerciale.
La Ligue des Nations, inspirée du modèle européen, vise à dynamiser les rencontres internationales, garantir des affiches attractives et stabiliser les revenus des fédérations. Mais dans les faits, elle mobilise essentiellement les sélections A, composées majoritairement de joueurs évoluant à l’étranger. Les joueurs locaux, déjà en marge des grandes compétitions internationales, se retrouvent ainsi doublement pénalisés.
Pour de nombreuses fédérations africaines, le CHAN servait de laboratoire technique, permettant d’évaluer les talents locaux, de renforcer les championnats nationaux et de préparer l’avenir des sélections. Sa mise entre parenthèses, au profit d’une Ligue des Nations plus élitiste, accentue le fossé entre football local et football professionnel international.
Sur le plan économique, l’enjeu est tout aussi sensible. Le CHAN générait des opportunités de transferts, des primes et une reconnaissance accrue pour les joueurs et les clubs locaux. La Ligue des Nations, elle, bénéficie surtout aux fédérations et aux diffuseurs, laissant peu de retombées directes pour les championnats domestiques.
Derrière ce choix stratégique se pose donc une question de fond : le développement du football africain peut-il se faire sans une réelle politique de valorisation des joueurs locaux ? À défaut de mécanismes compensatoires — comme des quotas, des fenêtres dédiées ou une refonte du CHAN — la Ligue des Nations risque d’apparaître comme un progrès institutionnel, mais un recul social et sportif pour toute une frange du football africain.
L’annulation du CHAN, combinée à la montée en puissance de la Ligue des Nations, pourrait ainsi marquer un tournant décisif : celui d’un football africain de plus en plus tourné vers l’élite mondiale, au risque de sacrifier sa base locale, pourtant essentielle à sa vitalité et à son identité.


