Le 8 août 2026, la date de son 78e anniversaire est passée récemment. Né le 9 août 1946 à Garoua, dans le nord du Cameroun, Issa Hayatou est mort le 8 août 2024 à Paris, à la veille de son 78e anniversaire. Il a consacré une grande partie de sa vie au sport et plus particulièrement au développement du football africain.
Avant de devenir l’un des dirigeants les plus puissants du football mondial, Issa Hayatou a connu une carrière sportive et administrative au Cameroun. Son parcours l’a progressivement conduit des instances nationales jusqu’aux plus hautes responsabilités de la CAF et de la FIFA.
Des débuts dans le sport camerounais
Issa Hayatou commence sa carrière comme sportif. Il pratique notamment l’athlétisme et le basket-ball avant de s’orienter vers l’administration sportive. Il devient ensuite enseignant d’éducation physique et sportive.
Son entrée dans les instances dirigeantes du football camerounais intervient alors que le sport prend une place croissante dans la vie nationale. Il occupe des responsabilités à la Fédération camerounaise de football (FECAFOOT), avant de rejoindre la Confédération africaine de football. En 1988, son parcours prend une nouvelle dimension. À seulement 41 ans, il est élu président de la CAF, succédant à l’Éthiopien Ydnekatchew Tessema.
Près de 30 ans à la tête de la CAF
Issa Hayatou dirige la CAF de 1988 à 2017. Pendant cette période, le football africain connaît une importante évolution.
Sous sa présidence, la Coupe d’Afrique des nations gagne progressivement en visibilité et en dimension. La compétition, qui avait connu plusieurs changements de format avant son arrivée, poursuit son expansion. Le tournoi passe notamment à 16 équipes en 1996 et conservera ce format jusqu’en 2017. La réforme décidée en 2017 porte ensuite la phase finale à 24 équipes à partir de 2019. Les compétitions interclubs connaissent également une profonde évolution.
Les innovations qui ont transformé le football africain
L’un des principaux apports de l’ère Hayatou réside dans la modernisation des compétitions africaines. Sous sa présidence, la CAF développe une architecture plus structurée pour les clubs et les sélections.
La Ligue des champions de la CAF, dans sa forme moderne, s’installe comme la principale compétition interclubs du continent. À partir de 2017, sa phase de groupes passe de huit à 16 clubs, répartis en quatre groupes de quatre. La même réforme est appliquée à la Coupe de la Confédération. Cette évolution permet d’offrir davantage de matches aux clubs engagés et d’élargir la représentation du football africain dans les phases finales.
Autre innovation majeure : le Championnat d’Afrique des nations (CHAN). La compétition, dont la première édition se tient en Côte d’Ivoire en 2009, est destinée exclusivement aux joueurs évoluant dans les championnats locaux. Elle crée ainsi une vitrine continentale pour les footballeurs qui ne jouent pas à l’étranger. Le tournoi passe de huit participants lors de sa première édition à 16 dès 2011 et est intégré au processus du classement FIFA à partir de 2014.
La période Hayatou est également marquée par la volonté de renforcer les ressources financières du football africain. En 2016, la CAF signe avec Total un accord de partenariat de huit ans couvrant ses principales compétitions. L’accord concerne notamment la CAN, le CHAN, les compétitions interclubs, les compétitions de jeunes, la CAN féminine et le futsal. Hayatou présente alors ce partenariat comme un moyen de mobiliser davantage de ressources pour le développement du football africain, les infrastructures et la performance sportive.
La réforme des compétitions s’accompagne aussi d’une réflexion sur le développement technique et médical. En 2017, la CAF approuve notamment le principe d’une augmentation des indemnités des arbitres et évoque le recours à la recherche scientifique et médicale pour lutter contre la fraude sur l’âge et mieux comprendre les cas de mort subite chez les footballeurs.
Le football africain gagne en reconnaissance
L’une des grandes périodes de son mandat correspond à l’arrivée progressive des sélections africaines au plus haut niveau mondial. Le Cameroun, le Sénégal, le Ghana, la Côte d’Ivoire, le Nigeria et d’autres nations s’imposent progressivement comme des acteurs importants du football international. Les performances des sélections africaines lors des Coupes du monde contribuent à renforcer la place du continent dans le football mondial.
Issa Hayatou défend également l’idée d’une meilleure représentation de l’Afrique au sein des grandes compétitions internationales. En 1990, le Cameroun atteint les quarts de finale de la Coupe du monde, une performance historique à l’époque pour une sélection africaine. Le Sénégal réalise la même performance en 2002, tout comme le Ghana en 2010.
Un dirigeant au sommet de la FIFA
La carrière d’Issa Hayatou dépasse progressivement le cadre africain. Il devient vice-président de la FIFA et occupe plusieurs responsabilités au sein de l’instance mondiale. En 2015, lorsque Sepp Blatter est suspendu dans le contexte de la crise qui secoue la FIFA, Issa Hayatou devient président intérimaire de la FIFA.
Il exerce cette fonction entre octobre 2015 et février 2016, avant l’élection de Gianni Infantino. Cette période fait de lui le premier Camerounais et l’un des rares Africains à avoir dirigé, même temporairement, l’instance mondiale du football.
Une longue présidence qui s’achève en 2017
Après près de trois décennies à la tête de la CAF, Issa Hayatou est battu en mars 2017 par le Malgache Ahmad Ahmad lors de l’élection à la présidence de la Confédération. Il quitte alors une institution qu’il avait dirigée pendant 29 ans.
Son bilan est cependant accompagné de controverses. Sa longue gouvernance de la CAF a régulièrement suscité des critiques sur la concentration du pouvoir, la gestion de l’institution et certaines décisions prises sous sa présidence. En 2011, la FIFA l’avait également sanctionné dans une affaire liée à des paiements effectués dans le cadre d’un accord commercial avec une société de marketing. IssaHayatou avait contesté les accusations de corruption le concernant.
Une figure qui reste associée au football camerounais
Au Cameroun, Issa Hayatou demeure surtout associé à une période particulièrement importante de l’histoire du football national. Il a connu l’âge d’or des Lions Indomptables, avec notamment les titres remportés à la Coupe d’Afrique des nations en 1988 et 2000, ainsi que les grandes performances de la sélection camerounaise sur la scène mondiale.
Son influence ne se limitait toutefois pas au football. Il a également occupé des responsabilités dans d’autres organisations sportives internationales et a reçu plusieurs distinctions au cours de sa carrière. Le 8 août 2024, Issa Hayatou meurt à Paris, à 77 ans. Sa disparition provoque de nombreuses réactions au Cameroun et dans le football africain. La CAF, la FIFA, la FECAFOOT et plusieurs personnalités du football rendent hommage à celui qui aura dirigé le football continental pendant près de trente ans.
Issa Hayatou appartient désormais à l’histoire du football africain. son parcours illustre l’ascension d’un dirigeant africain au sommet des institutions du football mondial. Son héritage reste contrasté, entre les transformations apportées aux compétitions africaines, la création du CHAN, l’élargissement de la CAN, la modernisation des compétitions interclubs et le renforcement des partenariats commerciaux de la CAF, mais aussi les controverses qui ont marqué sa longue gouvernance.
Pendant près de trois décennies, Issa Hayatou a été l’un des principaux visages du football africain sur la scène internationale. Son passage à la tête de la CAF aura ainsi laissé une empreinte durable sur l’organisation et le développement du football du continent.


