La Côte d’ivoire pourra-t-elle relever le défi de l’organisation de cette 34e édition de la CAN qui est prévue pour commencer le 13 janvier 2024 ?
Je suis sûr que la Côte d’Ivoire organisera une belle CAN. Je pense que c’est un pays qui a bien avancé économiquement. Ils ont fait de bons investissements pour cette CAN. Ils ont de beaux stades. Ils ont une belle route entre Bouaké et Yamoussoukro. Je suis confiant, je parie que ça va bien marcher.
- La Côte d’ivoire pourra-t-elle relever le défi de l’organisation de cette 34e édition de la CAN qui est prévue pour commencer le 13 janvier 2024 ?
- Quels sont pour vous les grands favoris de la prochaine CAN ? Et pourquoi ?
- Est-ce que vous comprenez la réticence de certains clubs européens à libérer les joueurs africains pour venir disputer la CAN ?
- Entre le Maroc, demi-finaliste du Mondial qatari, le Sénégal, champion d’Afrique en titre, la Côte d’ivoire, pays organisateur, lequel de ces trois pays sera le plus difficile à battre ?
- Vous qui connaissez très bien le football africain, comment doivent-ils s’organiser (formations, infrastructures etc.) pour combler leur retard ?
- Les chantiers pour l’industrialisation du football africain sont nombreux…
- Qu’est-ce qui peut expliquer la méforme du Nigeria en ce moment, malgré un effectif de qualité (Osimhen, Boniface, Chukwueze, Kelechi Iheanacho, etc.)
- Quels sont vos plus beaux souvenirs du football africain ?
- Est-ce que vos souvenirs se limitent au Cameroun ?
Quels sont pour vous les grands favoris de la prochaine CAN ? Et pourquoi ?
Je ne vais pas être très original. Je vais dire comme tout le monde la Côte d’Ivoire, le Maroc et le Sénégal je pense. La Côte d’Ivoire parce qu’ils sont à domicile et ça fait longtemps qu’un pays hôte n’a pas remporté la CAN. Ils ont une belle équipe avec un milieu de terrain très fort notamment du choix en défense. Si Sébastien Haller retrouve la forme devant ça fait vraiment un candidat au titre. Evidemment le Maroc premier demi-finaliste du continent qui a grosso modo la même équipe. Walid Regragui continue de bien travailler.
Le Maroc a toujours eu quelques difficultés à la CAN. Ils n’en ont remporté qu’une, ils n’ont pas du tout le palmarès digne de ce grand pays de football alors ils se sont mis beaucoup de pression. Walid Regragui dit que c’est la victoire ou rien. Mais je pense qu’ils font partie des trois favoris avec effectivement le Sénégal qui s’est décomplexé en remportant son premier titre, qui a tout remporté dans la foulée, le CHAN, la Coupe d’Afrique U20. Ils règnent chez les jeunes.
Je sais que les supporters ont quelques doutes mais ça c’est typique des grands pays de football. Pendant un tournoi, tous les supporters ne pensent qu’à la victoire. J’ajouterai à ces trois favoris les Lions Indomptables parce qu’ils sont toujours compétitifs. En 2017 non plus, on ne pensait pas qu’ils faisaient partie des favoris. Or, ils ont toujours ce sens de la gagne qui les rend redoutables même s’il me semble que l’équipe est moins forte que celle de la Coupe du monde.
Est-ce que vous comprenez la réticence de certains clubs européens à libérer les joueurs africains pour venir disputer la CAN ?
Je n’emploie pas le mot réticence. Les clubs qui ont engagé les internationaux africains savent que c’est le risque, qu’ils vont partir pendant la CAN. C’est de s’organiser. Les clubs comme Nottingham Forest, Marseille, qui ont beaucoup d’internationaux africains, le savaient. Ce ne serait pas concevable qu’un club empêche un international de disputer le championnat de son continent. Je préfère retenir la formule que José Mourinho avait choisie quand Drogba brillait à Chelsea : tu pars à la CAN, tu la gagnes et tu me reviens en pleine forme. Drogba a perdu la finale cette année-là (en 2006) aux tirs au but mais ça me paraissait être du bon management.
Il vaut mieux prévoir cela en amont et les sélectionneurs avisés savent négocier avec leurs joueurs. Les clubs peuvent bien s’arranger pour que les joueurs reviennent dans leurs clubs dans les meilleures conditions. Je pense que c’est dans l’intérêt de tout le monde que les Africains disputent la CAN. Ce n’est pas la peine de garder un joueur qui serait malheureux dans son club parce qu’il a raté la CAN.
Entre le Maroc, demi-finaliste du Mondial qatari, le Sénégal, champion d’Afrique en titre, la Côte d’ivoire, pays organisateur, lequel de ces trois pays sera le plus difficile à battre ?
Les trois pays que vous avez cités seront difficiles à battre, mais je pense qu’il y aura beaucoup d’autres pays difficiles à battre. Le Burkina Faso a une belle équipe, l’Algérie a renouvelé son équipe formidable d’il y a quatre ans mais elle a gardé certains de ses joueurs. Djamel Belmadi travaille bien. Il y a toujours dans chaque grand tournoi une équipe qu’on ne voit pas venir, qui a bien travaillé dans l’ombre et qui va nous surprendre. Puisqu’il n’y a pas de petits nouveaux cette année, je note aussi les cinq équipes qui n’ont jamais remporté de match de la CAN : la Mozambique, la Mauritanie, la Tanzanie, la Guinée Bissau… qui voudraient bien remporter le premier match de CAN de leur histoire.
Vous qui connaissez très bien le football africain, comment doivent-ils s’organiser (formations, infrastructures etc.) pour combler leur retard ?
Pour combler son retard, le football africain qui a beaucoup de grands joueurs, on les voit inonder les matchs des grands championnats européens, les matchs de League des champions, de League Europa, l’Afrique doit réussir à garder ses joueurs et doit pour cela monter tout un système pyramidal. Il faut faire de la formation à l’image des académies comme celle de Jean-Marc Guillot qui sont célèbres et qui se développent un peu partout comme Génération Foot ou les Diambars au Sénégal, les Brasseries du Cameroun, Coton Sport de Garoua qui travaille aussi bien. Il faut former ses joueurs et essayer de les garder le plus longtemps possible.

C’est normal que les jeunes professionnels africains ne rêvent que de l’Europe ou on va leur proposer un salaire 40 fois supérieur. Il faut juste les garder un peu plus longtemps. Il faudrait aussi faire monter les techniciens africains. Il y a Kamou Malo qui est arrivé en demi-finale avec le Burkina Faso il y a deux ans. Il faut leur donner une chance sur le long terme. Il faudrait qu’ils aillent travailler dans un championnat européen comme l’a fait Omar Daf en Ligue 2, en France. C’est ça qu’il faut développer. C’est un très long travail. Il faut aussi développer des compétitions intéressantes comme réussissent à le faire les pays d’Afrique du Nord, comme commence à le faire l’Afrique du Sud.
Les chantiers pour l’industrialisation du football africain sont nombreux…
Pour l’industrialisation du football africain, il faut développer les droits télés puisque maintenant c’est le nerf de la guerre. Il faut réussir à mettre en place des championnats locaux suffisamment attractifs, diffusés sur les télés locales. Tout cela à des tarifs proportionnés.
Qu’est-ce qui peut expliquer la méforme du Nigeria en ce moment, malgré un effectif de qualité (Osimhen, Boniface, Chukwueze, Kelechi Iheanacho, etc.)
Pour le Nigéria à mon avis ce n’est pas une question de méforme mais de déséquilibre de l’effectif. Le Nigéria a une centaine d’attaquants de niveau international mais un gardien moyen, des défenseurs moyens. Il n’a plus ses formidables récupérateurs du milieu de terrain de l’époque d’Obi Mikel. Le Nigéria a une richesse incroyable devant mais ce qui compte c’est comme Didier Deschamps, faire vivre cette équipe. Ce n’est pas forcément de mettre les 11 meilleurs joueurs du pays mais de mettre les 11 qui font la meilleure équipe et qui peuvent former un vrai collectif.
Quels sont vos plus beaux souvenirs du football africain ?
Mon souvenir le plus marquant du football Africain c’est 1984 quand les Lions sont revenus à Yaoundé avec le trophée. J’étais dans les rues, j’avais 10 ans et j’ai vu défiler les joueurs de la génération de Théophile Abéga (de regretté mémoire Ndlr) avec l’ancien trophée que j’ai trouvé plus beau avec ce côté années 70. Je me souviens également d’une finale de Coupe du Cameroun en 1985. Malheureusement, Union de Douala avait gagné 2-0 contre le Canon de Yaoundé. Je supportais le Canon. Il y avait une foule totalement délirante au stade Omnisports.
Je n’étais qu’un petit garçon mais j’étais impressionné par le nombre de personnes présentes. Peut-être 100.000 personnes parce que des gens étaient perchés sur les quatre grands lampadaires autour. Un autre souvenir marquant c’est en 1982, j’ai huit ans. Grégoire Mbida égalise contre l’Italie. On écoutait à la radio puisqu’au Cameroun on n’avait pas la télé. Dans mon souvenir peut-être magnifié par la nostalgie, il n’y avait pas un chat, pas une voiture dans les rues de Yaoundé. J’ai le souvenir d’une rumeur qui prend toute la ville quand le Cameroun égalise. Un grand bruit de fond dans toute la ville parce que le Cameroun avait enfin marqué un but en Coupe du Monde.
Je me souviens aussi de la demi-finale que je couvrais comme journaliste à Accra en 2008 où le Cameroun à l’ancienne, à la régulière avait battu le Ghana, malheureusement ils ont perdu la finale contre l’Egypte. J’ai beaucoup aimé la victoire contre le Brésil à la Coupe du monde au Qatar même si c’était pour l’honneur. Ça aurait été mieux de se qualifier. Le Brésil était déjà qualifié, n’empêche que le fait de battre le Brésil à la Coupe du monde, beaucoup de pays ne peuvent raconter avoir fait ça.
Est-ce que vos souvenirs se limitent au Cameroun ?
J’ai aussi vécu au Sénégal et j’ai été content de voir le Sénégal remporter son premier trophée. Parmi mes plus beaux souvenirs, le but de Youssef En-Nesyri contre le Portugal en quarts de finale qui valide la première demi-finale de tout le continent africain en Coupe du monde. Je couvrais ce match pour l’AFP et j’ai adoré ce moment-là. On voit mieux le match au stade qu’à la télé. Je l’ai senti venir ce but. On voyait que le centre était bon, que l’attaquant avait sauté avant le défenseur, que le gardien allait arriver trop tard…


