C’est un nouveau rebondissement dans la relation tendue entre la Fédération camerounaise de football et sa tutelle administrative. Le jeudi 21 août 2025, le ministre des Sports et de l’Éducation physique, Narcisse Mouelle Kombi, a ordonné la suspension immédiate du processus électoral de la FECAFOOT. Celui-ci devait initialement se dérouler entre août et novembre 2025, avec pour point d’orgue l’Assemblée générale élective du 29 novembre.
Dans un communiqué officiel, le ministère reproche à la FECAFOOT d’avoir lancé ses opérations sans concertation ni information préalable, contrairement à l’usage établi pour les autres fédérations sportives nationales.
« Le lancement du processus électoral par la FECAFOOT sans en informer la tutelle, comme cela a toujours été le cas pour toutes les fédérations sportives civiles nationales, enfreint la bonne collaboration qui existe entre le ministère des Sports et de l’Éducation physique et l’ensemble du mouvement sportif national », peut-on lire dans la note.
Le document va plus loin et énumère une série de griefs adressés à l’instance dirigée par Samuel Eto’o Fils : non-conformité juridique du processus, suspensions jugées arbitraires de potentiels candidats, modifications répétées des textes organiques de la fédération, exclusion injustifiée de clubs pourtant réguliers dans les compétitions, et création supposée de clubs « fictifs » destinés à gonfler artificiellement l’électorat.
Les irrégularités dénoncées par le ministère
Selon les termes de la correspondance rendue publique, plusieurs pratiques auraient fragilisé la crédibilité du scrutin. Le MINSEP cite notamment
« Les suspensions ciblées ou arbitraires de certains membres, potentiels candidats pour des motifs dont la pertinence ne serait pas avérée »,
ainsi que la « substitution de bureaux élus par des comités provisoires de gestion ». Le ministère relève aussi « des modifications unilatérales des textes organiques » et « l’exclusion de clubs n’ayant pourtant pas failli à leurs obligations », pratiques interprétées comme une tentative de marginalisation d’acteurs du football.
Les autorités sportives dénoncent en outre la non-organisation de championnats dans plusieurs départements, ce qui limiterait la représentativité des acteurs locaux dans le processus. Elles accusent également la FECAFOOT d’avoir intégré dans son collège électoral des clubs « créés ad hoc », dont l’objectif présumé serait de constituer une base électorale favorable à l’équipe dirigeante.
« Le processus électoral au sein de la FECAFOOT est marqué par de fortes tensions susceptibles de provoquer des troubles à l’ordre public sportif, au moment où le peuple camerounais est résolument tourné vers l’élection présidentielle. Cet événement majeur, d’intérêt supérieur pour la Nation, ne saurait être perturbé par une autre activité de nature électorale », insiste le ministère.
Le débat sur les statuts
Au-delà des accusations d’irrégularités, la querelle porte également sur la validité des statuts qui doivent encadrer l’élection. Dans une correspondance datée du 13 août 2025 et adressée à Alim Konaté, délégué à l’Assemblée générale, le secrétaire général du MINSEP, Joseph Yerima, a rappelé que les textes de la FECAFOOT n’avaient pas satisfait aux exigences légales de contrôle de conformité depuis 2021.
Les statuts et règlements des fédérations sportives nationales sont tenus au respect des lois de la République. En application de l’article 7 de la loi n°2018/014 du 11 juillet 2018, pour leur entrée en vigueur, ces statuts et règlements sont soumis à un contrôle de conformité du ministère en charge des sports, aussi bien lors de leur adoption que de leur modification
Joseph Yerima.
Le document précise qu’« à date, aucun texte de la FECAFOOT n’a satisfait cette exigence, depuis l’élection du bureau exécutif actuel ». En conséquence, seuls les statuts adoptés le 13 juillet 2021 et les règlements subséquents sont reconnus par l’État.
Or, les modifications introduites par les nouveaux statuts votés le 16 novembre 2024 ne peuvent être considérées comme valides. Ces derniers, contestés dès leur adoption, avaient notamment durci les conditions d’éligibilité en exigeant que tout candidat n’ait pas été condamné dans les cinq ans précédents pour des faits disciplinaires ou éthiques. Une clause qui pourrait compromettre la candidature de Samuel Eto’o, condamné en Espagne en 2022 pour fraude fiscale.
La FECAFOOT maintient son calendrier
Malgré la suspension décidée par le ministère, la FECAFOOT a annoncé le maintien de son calendrier électoral. Dès le 21 août, l’instance a ouvert la période de dépôt des candidatures pour les postes de président, vice-présidents des ligues départementales et délégués aux assemblées générales régionales.
Samuel Eto’o, président sortant, entendait répondre à l’appel des délégués de l’Assemblée générale, qui l’avaient invité à briguer un second mandat. La suspension ministérielle vient bouleverser cette perspective. Pour le moment, la fédération n’a pas officiellement réagi à la correspondance du 13 août, mais son refus de se plier à la décision de la tutelle laisse entrevoir un affrontement institutionnel.
Cette querelle soulève à nouveau la question de l’équilibre entre autonomie fédérale et contrôle de l’État. Le ministère justifie son intervention par la nécessité de garantir la légalité et la transparence du processus, tandis que la FECAFOOT revendique son indépendance dans la gestion de ses affaires internes.
Le différend prend une dimension plus large dans un contexte où le Cameroun s’apprête à vivre une élection présidentielle le 12 octobre 2025. Les autorités redoutent que la crise électorale au sein de la FECAFOOT ne crée un climat de tensions supplémentaires. Dans l’immédiat, l’incertitude domine. Le processus électoral est officiellement suspendu par le ministère, mais maintenu par la fédération.
Les clubs, les acteurs locaux et les candidats potentiels restent dans l’expectative. Une chose est certaine, la confrontation entre Narcisse Mouelle Kombi et Samuel Eto’o Fils rebat les cartes de la gouvernance du football camerounais, et la suite du processus dépendra de la capacité des deux institutions à trouver un terrain d’entente.


