On arrive à un quart de finale face au Maroc, pays hôte, invaincu depuis le début de la CAN et solide dans la maîtrise du jeu. En tant qu’ancien Lion, où situez vous le véritable rapport de force aujourd’hui ?
Le rapport de force est clairement favorable au Maroc. Sur le plan sportif comme extra-sportif, ils disposent de nombreux atouts pour se qualifier et nous éliminer. Il ne faut pas oublier qu’ils sont actuellement la meilleure nation du football africain et demi-finalistes de la dernière Coupe du monde. Ce sont des éléments importants à prendre en compte.
Depuis l’arrivée de David Pagou à la tête de la sélection, on observe un Cameroun plus discipliné, parfois moins flamboyant mais plus pragmatique. Est-ce, selon vous, le profil idéal pour affronter un Maroc aussi structuré ?
Le Cameroun ne peut pas être considéré comme le profil idéal pour briser le moral du Maroc, surtout si l’on admet nous-mêmes que notre football reste parfois approximatif. Cependant, ce match est un match de Coupe. Dans ce genre de rencontre, le favori et le challenger partent souvent avec les mêmes chances, c’est du 50/50.
De plus, le Cameroun, en tant que challenger, monte en puissance depuis le début du tournoi, notamment sur le plan mental. À ce niveau, je pense que la bataille psychologique est déjà remportée par le Cameroun avant même le coup d’envoi.
Le Maroc impose souvent une forte possession, mais le Cameroun a montré dans cette CAN une capacité à frapper en transition. Pensez-vous que ce quart de finale se jouera davantage sur la gestion des temps faibles que sur la domination du ballon ?
Tous les matchs disputés par les Lions jusqu’à présent se sont joués avec une possession inférieure à celle de nos adversaires. Cela amène à se poser une question : est-ce une stratégie clairement assumée par le coach Pagou de laisser la possession à l’adversaire ?
J’en arrive à la conclusion que oui. Nous sommes plus performants sans le ballon. Sous Marc Brys, nous avions davantage la possession, mais sans être aussi solides et engagés qu’aujourd’hui. Pagou a fait un choix clair : laisser le ballon à l’adversaire et miser sur l’engagement, la discipline et l’efficacité.
Dans l’histoire récente des confrontations Cameroun–Maroc, les matchs ont souvent été fermés et tendus. Ce passé peut-il encore influencer l’approche tactique des deux équipes ?
Le passé et l’histoire des confrontations peuvent jouer un rôle sur le plan mental. Parfois, on se dit que si nos aînés y sont parvenus, pourquoi pas nous ? Mais une fois sur le terrain, c’est une autre réalité. Là, c’est le présent qui compte : la forme actuelle et l’état d’esprit de chaque équipe feront la différence.
Depuis le début du tournoi, quels enseignements tirez vous du parcours du Cameroun sous Pagou, notamment dans sa capacité à gérer les moments de pression ?
Depuis le début de cette compétition, David Pagou est le véritable artisan de la forme et de l’embellie des Lions Indomptables. Dans le football, lorsqu’il n’y a pas de résultats, c’est toujours l’entraîneur qui est tenu pour responsable. Il est donc normal de reconnaître son mérite lorsqu’il y a des résultats.
Sur le plan tactique, il est remarquable. Il a surtout su trouver les mots justes pour motiver les joueurs, les pousser à se battre avec détermination, comme ils le font depuis le début de cette CAN.
Face à un public acquis à la cause marocaine, quels ajustements mentaux et tactiques un sélectionneur doit-il anticiper dans ce type de match couperet ?
À ce niveau de la compétition, le public est un avantage considérable pour le pays hôte, surtout lorsqu’il est favori comme le Maroc. Mais cela peut aussi devenir un avantage pour l’équipe visiteuse.
Si l’entame du match est négative pour le Maroc, le public peut se retourner contre sa propre équipe, avec des sifflets et des huées. En Afrique, c’est quelque chose que l’on voit souvent. Et dans ce cas, cela devient un atout pour l’adversaire.
Comment jugez-vous la performance de la nouvelle génération de Lions convoquée pour cette CAN ? Peut-elle ajouter une sixième étoile au maillot camerounais ?
Oui, cette génération, peut-être moins talentueuse que la nôtre sur le papier, peut tout à fait ajouter une sixième étoile. Elle possède des armes solides pour remporter une compétition comme la CAN : une grande solidité défensive et une discipline tactique remarquable.
Elle est même plus joueuse et plus séduisante que l’équipe qui a remporté la CAN 2017 au Gabon, par exemple.
Dans un quart de finale de CAN, on dit souvent que les 15 premières minutes sont décisives. Que doit absolument réussir le Cameroun dans ce premier quart d’heure face au Maroc ?
Dans tous les matchs de football, et pas seulement contre le Maroc, l’entame est cruciale. Elle rassure l’équipe et offre un avantage psychologique sur l’adversaire. Bien débuter est essentiel pour installer la confiance et faire douter l’autre camp.
Ce match peut-il servir de référence tactique pour mesurer l’impact réel de David Pagou depuis sa prise de fonction ?
Ce n’est pas forcément en quart de finale que l’on mesure les compétences d’un entraîneur. David Pagou a déjà disputé quatre matchs au cours desquels il a démontré son savoir-faire.
Aujourd’hui, il doit surtout créer un exploit et écrire son histoire. Pour cela, il faudra être au top sur les plans tactique, physique et mental.
Si vous étiez dans le vestiaire des Lions Indomptables, quel message feriez-vous passer avant d’entrer sur la pelouse ?
À ce niveau de la compétition, les messages dans le vestiaire ont souvent peu d’impact, car les joueurs sont déjà pleinement conscients de l’enjeu et très motivés.
Sauf peut-être si une personne avec un immense vécu dans le football prend la parole, cela peut apporter un supplément d’âme. Mais globalement, à ce stade, les joueurs sont déjà prêts mentalement.


