Au centre de la colère des supporters, un nom revient avec insistance : celui de l’arbitre Ndanga Mundi. Surnommé ironiquement « la légende », il est accusé d’avoir multiplié les décisions controversées cette saison. Lors du match Stade Renard – Bamboutos, ses choix ont provoqué une vague d’indignation. Cartons jugés injustifiés, hors-jeux sifflés à répétition, penaltys discutables, les images circulent en boucle sur les réseaux sociaux.
Le 15 avril 2025, au stade annexe 1 de l’Omnisports de Yaoundé, c’est un trio dirigé par Ndanga Mundi qui a essuyé des huées de la part des supporters de PWD, en raison d’un arbitrage jugé grotesque. Avec sept matchs dirigés en seulement neuf jours, Ndanga Mundi détient un record inédit au Cameroun. Un rythme que beaucoup jugent suspect. Des supporters dénoncent un système de désignation biaisé, évoquant des « arbitres missionnés » pour avantager certains clubs. La Fédération camerounaise de football, quant à elle, reste silencieuse.
Le 23 avril, un nouveau cap est franchi au stade municipal de Melong. Lors du match de la 20e journée entre Stade Renard et Colombe du Dja-et-Lobo, un penalty sifflé à la 10e minute provoque la furie des supporters locaux. Plus de 200 fans envahissent la pelouse. Malgré l’intervention des forces de l’ordre, les arbitres refusent de reprendre la rencontre, estimant leur sécurité menacée.
Selon un communiqué du Conseil transitoire du football professionnel (CTFP), les conditions minimales de sécurité n’étaient pas réunies. L’inspecteur principal du match, Joseph Mballa, a confirmé dans son rapport que les dispositifs de sécurité étaient largement insuffisants face à la détermination des supporters. Cet incident pourrait entraîner une suspension du Stade Renard à huis clos et une amende de 5 millions de Fcfa. La Commission de discipline a été saisie.
Les clubs crient à l’injustice
Les critiques ne viennent pas que des gradins. Plusieurs clubs accusent l’arbitrage de fausser la compétition. Donald Ngameni, ancien président d’Unisport de Bafang, avait déjà en 2023 dénoncé « un championnat animé par les arbitres ». Pour lui, les entraînements ne servent plus à rien lorsque les résultats sont décidés à l’avance. Même son de cloche du côté de Bamboutos de Mbouda, qui s’est retiré du championnat après une défaite jugée injuste face à Dynamo de Douala lors de la 19e journée.
Colombe du Dja-et-Lobo, actuel leader du championnat, est régulièrement cité comme un club favorisé par les décisions arbitrales. Interrogé, Willy Nyatte, responsable de la communication du club, rejette les accusations. Il précise que Colombe n’a bénéficié que de deux penalties cette saison.
Si on était favorisé, on serait déjà champion
Il pointe plutôt du doigt une mentalité de défaite mal digérée :
Dès qu’un club perd, il faut chercher un bouc émissaire. Lorsqu’on a battu Panthère du Ndé (3-0), leurs supporters ont crié à l’injustice, alors qu’ils sortaient de neuf matchs sans défaite
Le climat est devenu irrespirable dans les enceintes sportives. Jean Evega, supporter, décrit une ambiance délétère :
Les gens connaissent le vainqueur avant le match. J’ai arrêté d’aller au stade depuis la phase aller. Les arbitres tuent le football. On a même vu des arbitres au téléphone à la mi-temps à Odza
Il déplore une situation devenue incontrôlable, où la colère des supporters menace de dégénérer.
Le supporter est à un moment incontrôlable.
La Fécafoot sous pression
Malgré l’ampleur du scandale, la Fédération camerounaise de football dirigée par Samuel Eto’o n’a, jusqu’ici, pris aucune position publique claire sur la crise. Aucune communication officielle n’a été émise sur la grève des arbitres, encore moins sur les cas polémiques comme celui de Ndanga Mundi. La Commission d’éthique de la Fécafoot reste elle aussi muette. Pourtant, la situation dépasse désormais le simple cadre du sport. Les appels à une enquête gouvernementale se multiplient pour prévenir des troubles à l’ordre public. Le football, autrefois vecteur de cohésion, devient un facteur de tensions.
Entre les accusations de corruption, les agressions d’arbitres, les grèves et les suspicions de favoritisme, le championnat Elite One traverse l’une des plus graves crises de son histoire. La multiplication des incidents affaiblit la crédibilité du championnat aux yeux des sponsors, des joueurs et du grand public. Le silence des autorités footballistiques est perçu comme un aveu d’impuissance. Dans un contexte où l’image du football camerounais est déjà fragilisée sur la scène internationale, cette affaire jette un voile sombre sur les ambitions portées par l’actuelle équipe dirigeante.
Pour rappel, le 21 avril dernier, les arbitres de première et deuxième division professionnelle du Cameroun ont entamé un mouvement de grève. En cause, le non-paiement de leurs primes de match pour un montant total estimé à 300 millions de Fcfa. Une dette qui s’accumule depuis près de quatre saisons, selon Benjamin Amenda, consultant sportif :
Pour 2021-2022, ils ont été partiellement payés. En 2022-2023, seuls deux cinquièmes ont été versés. En 2023-2024, c’est à peine une journée réglée sur plus de vingt.
Ce qui se joue aujourd’hui sur les pelouses camerounaises dépasse le simple cadre d’un carton rouge ou d’un penalty litigieux. C’est la légitimité même du football professionnel qui vacille, à chaque coup de sifflet. Entre silence coupable, impayés et violences, les arbitres ne sont plus les garants du jeu. Ils en deviennent les premières victimes et parfois les complices.


