C’est l’histoire atypique d’un sportif qui a commencé sa carrière dans le football, avant d’embrasser l’athlétisme. Saïd Aouita, passionné de football, a rejoint le Maghreb Association Sportive (MAS), avant de se tourner progressivement vers l’athlétisme sur les conseils d’un professeur d’éducation physique, selon les médias locaux. Un conseil qu’il a suivi à la lettre, puisque le sportif a commencé à s’entraîner en cross-country. Aouita a ensuite été repéré par Aziz Daouda, alors directeur technique de la Fédération royale marocaine d’athlétisme. Ses entraînements le conduisent aux Championnats du monde de cross-country, à Glasgow en 1978, sa première compétition internationale. Le Marocain ne fait pas mieux que la 34e place dans la compétition. Une position peu convaincante certes, mais qui marque le début de son engagement total dans l’athlétisme.
Sur le chemin de sa première médaille
Cinq ans plus tard, en 1983, Saïd Aouita choque le monde du sport par sa performance aux 1.500 mètres, lors des Championnats du monde d’athlétisme à Helsinki. Le coureur termine la course avec la médaille de bronze. Ce coup d’éclat permet au coureur d’obtenir une bourse pour s’entraîner à l’Institut national des sports de Paris, où il bénéficie d’un encadrement rigoureux qui renforce ses capacités. Dans la foulée, Aouita remporte deux médailles d’or aux Jeux méditerranéens de Casablanca, sur 800 et 1.500 mètres. Le coureur ne s’arrête pas en si bon chemin, il décroche deux médailles d’or aux Championnats d’Afrique de 1984. Cependant, le coureur marocain atteint le sommet de sa carrière lors des Jeux olympiques de Los Angeles en 1984. Dans la « Cité des anges », Saïd Aouita offre l’or à son pays sur le 5.000 mètres. Ceci, deux jours après Nawal El Moutawakel qui a remporté celle du 400 m haies. Ces deux médailles olympiques sont les toutes premières médailles du Maroc
Un homme de records
Des records, Said Aouita en a battu tout au long de sa carrière. À ce jour, il est le premier homme à descendre sous la barre des 13 minutes sur 5 000 m. Il a abaissé le record du monde à 12’58’’39. Il est également le seul athlète à avoir remporté le grand prix d’athlétisme à 3 reprises. À cela s’ajoute, la deuxième meilleure performance de l’histoire sur le 1.000 et le sixième chrono de l’histoire sur 10.000 m. Dans les années 80, l’athlète pouvait se vanter d’être le seul coureur au monde à courir le 800 m en moins de 1.44, le 1 500 m en moins de 3.30, le mile en moins de 3.47, le 3 000 m en moins de 7.30, le 5 000 m en moins de 13 min, le 10 000 m en moins de 27.27. Ces chronos aussi étonnants les uns que les autres lui ont valu le titre du décathlonien du demi-fond. Un titre attribué par le quotidien français L’Equipe.
Sur les pistes et les routes du monde entier, Saïd est allé de victoires en victoires. Entre juillet 1985 et septembre 1987, il a aligné 44 victoires consécutives sur neuf distances. Parmi ces victoires, sa médaille d’or aux Championnats du monde de 1987 à Rome. Cette série s’est arrêtée au 3 000 m steeple, une distance technique loin de sa spécialité. Il a également établi des records du monde sur 1 500, 2 000 et 3 000 mètres, et a remporté le titre mondial en salle sur 3 000 mètres en 1989.
Avant sa défaite sur 800 mètres lors des Jeux de Séoul, Aouita avait aligné également une vingtaine de victoires consécutives sur des distances, allant du 800 m au 5 000 m. En sept ans (entre septembre 1983 et septembre 1990), Said Aouita a enregistré 115 victoires sur 119 courses disputées. Son accélération et sa pointe de vitesse incroyable, notamment son finish (dernière ligne droite), sa capacité de récupération et son endurance phénoménale ont été ses alliés durant sa carrière. Des caractéristiques qui lui ont permis d’être l’athlète le plus complet (polyvalent) de l’histoire du demi-fond mondial.
Reconversion et revers de la médaille
Said Aouita a eu une carrière pleine sur et en dehors des pistes. Après ses titres à travers le monde, le coureur est devenu consultant sur la chaîne qatarie, Al Jazeera Sport. Après quoi, le champion olympique a été nommé directeur technique au sein de la Fédération royale marocaine d’athlétisme (Frma), le 3 septembre 2008. L’objectif étant de redonner à l’athlétisme marocain sa compétitivité.
Si Aouita a eu une carrière riche en succès, il a néanmoins connu des moments difficiles. Celui dont le train navette rapide reliant sa ville natale Kénitra à Casablanca porte le nom a vu les médias s’immiscer dans sa vie privée. Une intrusion qui place l’ancien champion sous les projecteurs pour d’autres raisons que le sport : ses problèmes familiaux et conjugaux, après un désaccord avec son défunt père et son divorce sur fond d’escroquerie, selon la presse locale.
Dans une sortie médiatique, son père l’accusait de maltraitance et de désobéissance. La réponse de l’olympien ne s’est pas faite attendre. Said a rejeté la responsabilité sur l’indiscrétion des médias à qui il reprochait de profiter de l’inadvertance d’un homme drogué et alcoolique. Il est allé jusqu’à organiser une conférence de presse en compagnie de sa mère et ses deux frères pour expliquer ce différend familial au public.
Dans la foulée, le sportif faisait face à une autre tempête médiatique. La légende marocaine de l’athlétisme s’est retrouvée au centre d’un nouveau feuilleton médiatique : son divorce. D’après les informations rendues publiques, l’histoire derrière ce divorce est une escroquerie montée par Khadija Askhir, l’ex-épouse de l’ancienne gloire des circuits d’athlétisme. Ses efforts pour consolider son couple ont été vains. Sa demande de conciliation n’a pas abouti au tribunal de la famille de Casablanca. « Ma femme m’a escroqué en compagnie de l’avocate de la famille. Les gens vont dire que c’est de ma faute, car je lui ai donné une procuration (générale). Mais tout homme aurait fait la même chose après 37 ans de mariage. Je ne peux pas ne pas faire confiance à ma femme. Quand j’ai voulu prendre ma retraite, j’ai découvert que mes comptes bancaires avaient été vidés, mes biens fonciers vendus, il ne me restait plus rien », a-t-il lancé dans l’émission « Monde de Chahrazed » sur M24 TV.
Un héritage…
Malgré ce tourbillon médiatique au goût amer, l’héritage de Saïd Aouita demeure immense. Grâce à ses multiples performances, l’homme aux multiples records mis le Maroc sur la carte de l’athlétisme mondial. « Lorsque pour la première fois lors des Jeux olympiques, le drapeau marocain a été hissé grâce à Aouita et Nawal, beaucoup de spectateurs se sont demandés qui est ce Morocco ? Ils ne le connaissaient pas. Ceux qui se sont posés cette question ont par la suite connu ce Morocco davantage grâce à Aouita et Nawal qu’à son Roi », célébrait le roi Hassan II du Maroc, de regrettée mémoire.
Aouita c’est aussi un modèle. Il a inspiré toute une génération d’athlètes marocains, à l’instar de Hicham El Guerrouj, multiple champion du monde et olympique sur 1.500 mètres et 5.000 mètres. Ses exploits ont été célébrés au sommet de l’État. Aouita a été décoré par le roi Hassan II, et a reçu de nombreuses distinctions internationales, mais il a surtout gagné les cœurs des Marocains.


