« Le talent n’est qu’une aptitude qui se développe. On peut en acquérir deux ou trois fois plus qu’on en a ». Ce passage du livre « L’art d’écrire » du Français Antoine Alabat illustre assez bien la carrière de Hercule Matam qui a brillé aussi bien en tant qu’athlète qu’en tant qu’entraîneur. Aujourd’hui, beaucoup se demandent où est passé ce faiseur des plus grands haltérophiles qu’a connu le Cameroun. La réponse se trouve dans un atelier de vente de batteries pour véhicules au lieu-dit Texaco Ecole de police à Yaoundé. C’est dans cet espace d’environ quatre mètres carrés que l’ancien Lion de l’haltérophilie passe désormais ses journées. Les photos exposées sur les murs le replongent dans son passé glorieux d’athlète et d’entraîneur.
J’ai pris cette photo en 2002, en Angleterre lors des Jeux du Commonwealth. J’ai été sacré meilleur entraîneur de la compétition. J’avais décroché neuf médailles d’or dans ma discipline, avec seulement quatre athlètes. La reine Elizabeth m’avait félicité. Elle m’avait demandé comment j’arrive à faire ça. Je lui ai juste répondu que c’était dans le sang », se remémore Hercule Matam, les yeux rivés sur ses « anciens succès ».
Former la prochaine génération
L’on pourrait croire que les journées de Hercule Matam se résument désormais à cette activité, loin des plateaux. « Haltérophile dans le sang », comme il l’a confié à Sports-Team, Hercule Matam opère un retour vers les fondamentaux. Entre sa nouvelle vie de vendeur de pièces automobiles (batteries), ses rôles de père et grand-père et son statut de légende de l’haltérophilie, l’ex-sportif camerounais se consacre à la formation de la jeunesse.
L’usine de fabrication de cette prochaine génération de « champions » se trouve dans la concession de Matam. Le nom de cette académie, les Bulgares. Une dénomination symbole de puissance et de force. « Dans les années 80-90, les Bulgares étaient les meilleurs dans le monde. A l’époque ils avaient un certain Naum Suleymanov, très fort. Il était le meilleur. Quand je suis allé en stage en Europe, en 1986, je l’ai rencontré et ma paume de main couvrait la sienne [rire]. J’ai constaté qu’ils étaient les meilleurs dans le monde et comme je voulais rentrer créer un club au Cameroun, j’ai choisi le nom Bulgares », explique Matam. Bon nombre d’athlètes, champions du monde ou médaillés olympiques sont passés par « l’école des Matam ».

De l’espoir pour l’haltérophilie camerounaise
Quatre fois toutes les semaines (mercredi, vendredi, samedi et dimanche), les jeunes, amoureux de l’haltérophilie, convergent vers ce « moule à haltérophiles », situé à Yaoundé, non loin du Palais polyvalent des Sports. Objectif, bénéficier de la longue expérience de Hercule Matam au sommet de son sport. L’équipe de Sports-Team est allée à leur rencontre. Ce jour, une vingtaine de jeunes ont répondu présent. Ils sont âgés entre quatre et 17 ans. Concentration, discipline et travail sont les maîtres mots. Tous se livrent aux exercices d’arraché, d’épaulé jeté et de flexions. Chacun utilise un matériel adapté à sa catégorie. Les plus petits utilisent des barres faites en bois et les plus grands, des barres d’haltérophilie, sans disque. L’objectif étant d’observer la coordination dans l’exécution des mouvements. Pour encadrer ces bébés haltérophiles, le sénior a constitué une équipe d’encadreurs. Une tâche difficile certes, mais ambitieuse.
Hercule Matam est également connu comme étant l’homme qui a fait de l’haltérophilie un sport mixte au Cameroun. A la moitié des années 80, il a initié les filles à cette discipline. Une idée folle à l’époque, qui a germé pendant une compétition à Budapest. L’haltérophile voyait alors les femmes pratiquer ce sport pour la première fois. Un concept implémenté au Cameroun à son retour.
Une carrière en « OR »
Ses performances ont attiré l’attention des grandes nations à travers le monde. L’Inde, la France et d’autres pays africains ont été séduits par le talent de Matam. Aussi bien en tant qu’athlète, qu’entraineur, Hercule Matam a offert au Cameroun ce qu’un sportif a de mieux à offrir. Comme haltérophile pratiquant, il s’est imposé sur le la scène nationale avant de conquérir le continent. Les pages d’une encyclopédie ne seraient pas assez pour cocher le palmarès de cet homme.
Cependant ses neuf métaux en or glanés lors des Jeux du Commonwealth de Manchester en 2002, avec quatre athlètes, restent les plus marquantes de ses souvenirs. Cette performance a valu à Matam le titre de meilleur entraîneur de la compétition. Au cours de sa riche carrière, le sportif camerounais a été sollicité par d’autres nations. Comme à chaque fois, l’amour de Hercule Matam pour le drapeau a été plus fort que les chants de sirènes étrangers.
Le choix du cœur
Récemment, lors des Jeux olympiques de Paris, Matam a été invité à la célébration de ce sport par la France. Une célébration au cours de laquelle certains de ses élèves sont montés sur le podium olympique. De quoi remettre sur la table l’idée de rejoindre le cercle des entraîneurs d’haltérophilie dans l’hexagone, avec en prime un club ultra moderne, sur plusieurs hectares. Une fois encore Hercule Matam répond à cette sollicitation par la négative. Toutefois, cette reconnaissance internationale a un goût amer puisque le septuagénaire considère que le Cameroun n’a pas assez récompensé ses efforts.
Ayant commencé ce sport très tôt, je me suis dit que mes enfants allaient suivre mes pas. Et ils l’ont fait. Avec les performances qu’ils réalisaient, je ne pouvais pas les laisser rester au Cameroun. Le Cameroun n’avait rien à leur offrir. Moi-même qui ai beaucoup fait pour ce pays, moi qui ai fourni beaucoup de médailles à ce pays, qu’est-ce que j’ai eu en retour ?,
s’interroge la légende de l’haltérophilie camerounaise
Avant de poursuivre :
Donc, mes enfants devaient finir comme moi ? Non ! Il fallait les faire partir. Mes enfants ont beaucoup fait pour le Cameroun. Ils ont haussé le drapeau du Cameroun partout où ils sont passés.
Des propos emprunts d’amertume qui dévoilent le malaise dans lequel l’haltérophilie camerounaise patine depuis quelques années. Selon lui, cette discipline se guérira d’elle-même quand des hommes qu’il faut seront à la place qu’il faut, au sein de l’administration de ce sport au pays des Lions indomptables.


