Le Cameroun aborde la CAN 2025, avec l’ambition de redonner du relief à un palmarès prestigieux, mis à mal par des performances récentes jugées insuffisantes. Les campagnes continentales successives ont laissé apparaître une sélection capable de séquences convaincantes, mais encore fragile dans la durée. Dans un groupe F relevé, composé de la Côte d’Ivoire, du Gabon et du Mozambique, chaque rencontre prend d’emblée une valeur stratégique. Rappel mémoire, le 27 mars 1988, au stade Mohammed V de Casablanca, les Lions Indomptables s’imposaient face au Nigeria (1-0) grâce à un penalty transformé par Emmanuel Kundé. Cette victoire, loin d’être le fruit du hasard, venait consacrer un projet collectif structuré. Roger Milla, sacré meilleur joueur et meilleur buteur du tournoi, symbolisait l’efficacité offensive, tandis que l’équipe se distinguait surtout par sa solidité défensive.
Joseph-Antoine Bell, gardien emblématique de cette génération, rappelle que le Cameroun de 1988 reposait sur une logique assumée :
Les équipes qui vont loin sont celles qui encaissent peu. Si vous ne prenez pas de but, il suffit d’en marquer un pour gagner.
Une philosophie pragmatique qui avait permis aux Lions de s’imposer sans jamais perdre le contrôle de leurs matchs. À cette CAN, le Cameroun tente de retrouver cette culture de la maîtrise. La préparation du match face au Gabon illustre cette volonté. Hier, lundi soir, les Lions Indomptables ont effectué une séance d’entraînement axée sur l’analyse vidéo du jeu gabonais. Ce mardi, la sélection camerounaise est attendue au stade Adrar d’Agadir (45 000 places) pour la conférence de presse d’avant-match, avec David Pagou et Nouhou Tolo à 10h45, suivie de la reconnaissance de la pelouse. Une autre séance d’entraînement est programmée en soirée à Anza. Cette organisation traduit la recherche de concentration dans un tournoi où les marges d’erreur sont réduites. Pour Joseph-Antoine Bell, cette exigence globale est non négociable :
Être bon, ce n’est pas une seule qualité. C’est être techniquement juste, tactiquement intelligent, physiquement solide, mentalement fort et concentré.
Malgré un effectif riche, le Cameroun peine encore à afficher une identité claire et constante. Les dernières compétitions ont mis en évidence des limites récurrentes, notamment dans la gestion des temps faibles et l’efficacité dans les moments décisifs. Des domaines où le Cameroun de 1988 excellait par sa discipline collective et sa force mentale. Bell met en garde contre une lecture superficielle de l’histoire :
Il ne suffit pas de dire que nous avons gagné ici. Il faut comprendre comment nous avons gagné.
Un avertissement qui renvoie à l’échec récent en Côte d’Ivoire, où l’évocation du sacre de 1984 n’avait pas été accompagnée d’une véritable transposition des enseignements. En face, le Gabon se présente avec ses propres incertitudes. Patrick Emerick Aubameyang, arrivé récemment, s’est entraîné seul malgré une blessure annoncée, et le staff espère pouvoir compter sur lui. Le sélectionneur Thierry Mouyouma et le capitaine Bruno Ecuele Manga, 37 ans et engagé dans sa sixième CAN, doivent s’exprimer devant la presse. Manga incarne la longévité et la résilience d’une sélection décidée à ne pas subir face à son voisin. Le match Cameroun-Gabon constitue un premier indicateur de la capacité des Lions Indomptables à transformer un héritage prestigieux en performance actuelle. La CAN 2025, déjà lancée, impose des réponses immédiates. Pour le Cameroun, l’exploit de 1988 demeure une référence structurante. Reste à savoir s’il peut encore servir de socle opérationnel, et non de refuge mémoriel.


