Maroc ou Sénégal : le débat sur le vainqueur de la CAN 2025 n’est toujours pas définitivement clos. Sur le terrain, le Sénégal s’était imposé 1-0 après prolongation. Mais le 17 mars 2026, le Jury d’Appel de la CAF a déclaré le Sénégal forfait et homologué la finale sur le score de 3-0 en faveur du Maroc, en application de l’article 84 du règlement de la compétition. La Fédération sénégalaise a ensuite saisi le TAS pour contester cette décision.
Alors que l’audience est fixée au 8 octobre 2026 à Lausanne, Fouzi Lekjaâ affiche sa confiance. Dans une interview accordée à Jeune Afrique, le président de la FRMF défend une lecture fondée, selon lui, sur le respect des règlements et sur la nécessité de préserver les règles du football.
« Nous respectons le droit »
Fouzi Lekjaâ veut d’abord placer le dossier sur le terrain juridique. Pour lui, le Maroc n’a pas besoin d’une intervention extérieure pour défendre son statut actuel de champion d’Afrique. « On est plutôt toujours fidèle à notre culture du Royaume du Maroc, du Royaume chérifien, qui est d’être plutôt légaliste. On respecte le droit », affirme-t-il.
Le dirigeant marocain rejette également l’idée d’une influence politique ou médiatique sur la procédure. Selon lui, les débats autour de cette affaire ne devraient pas modifier le travail des instances chargées de trancher le litige.
« On n’influence pas et on n’impacte pas la décision par de la politique marginale qui en tout état de cause n’impactera pas les décisions »
soutient-il.
Le retrait des joueurs au cœur de son argumentaire
Le principal argument avancé par Lekjaâ concerne le déroulement de la finale et notamment le retrait temporaire des joueurs sénégalais de la pelouse après la décision arbitrale accordant un penalty au Maroc dans le temps additionnel.
Le président de la FRMF considère que cet épisode constitue une rupture avec les règles applicables à une rencontre de football. « Nous, on considère que les règles du football, les règles juridiques d’un match de football ont été entravées, violées par notre adversaire », déclare-t-il.
La Commission d’appel de la CAF avait précisément retenu le comportement de l’équipe sénégalaise dans son application des articles 82 et 84 du règlement de la CAN. Elle avait annulé la décision du Jury disciplinaire et déclaré le Sénégal forfait, avec une homologation du résultat à 3-0 en faveur du Maroc.
« Ça, c’est pas du football »
Au-delà du règlement, Lekjaâ défend une conception du déroulement d’un match basée sur la continuité et le fair-play. Il refuse notamment que des interruptions prolongées puissent devenir une réponse à un désaccord avec une décision arbitrale.
« On considère qu’un match commence avec le fair-play et il se termine avec le fair-play », affirme-t-il, avant de poser une hypothèse : « Supposez un match que quand quelqu’un est mécontent, il quitte le stade 20 minutes. Donc on peut commencer un match à 8 heures du soir et le terminer après 24 heures. Ça, c’est pas du football. »
Cette déclaration constitue l’un des passages les plus forts de son argumentaire. Lekjaâ estime que l’enjeu dépasse désormais le seul Maroc–Sénégal et touche aux règles que le football entend appliquer à l’avenir.
Le changement de règlement de la FIFA comme nouvel argument
Le président de la FRMF s’appuie également sur une évolution réglementaire intervenue après la finale. Il affirme que la FIFA a depuis renforcé les sanctions liées au fait pour un joueur de quitter le terrain sans autorisation, et considère cette évolution comme un élément qui « conforte » la position marocaine.
Cet argument devra toutefois être apprécié dans le cadre juridique précis du litige : le TAS devra notamment examiner la décision de la CAF contestée par la Fédération sénégalaise, ainsi que les règles applicables aux faits de la finale. L’appel sénégalais demande l’annulation de la décision de la CAF et la reconnaissance du Sénégal comme vainqueur de la CAN 2025.
Le 8 octobre ne donnera pas encore le verdict
Un élément important ressort également du calendrier de la procédure. Contrairement à ce que pourrait laisser penser la date du 8 octobre, l’audience ne correspond pas au jour où le nouveau champion d’Afrique sera officiellement annoncé.
Le TAS a indiqué que l’audience se tiendra à huis clos et qu’à son issue, la formation arbitrale commencera ses délibérations. L’instance a également précisé qu’elle n’était pas encore en mesure d’indiquer la date du prononcé de sa décision et que celle-ci ne sera pas rendue le jour même.
Lekjaâ lui-même a récemment expliqué que le 8 octobre constituerait une première étape de la procédure et non son aboutissement.
« On est champions d’Afrique »
En attendant la décision définitive du TAS, le président de la FRMF considère que la position marocaine est déjà établie au niveau continental. « En tout état de cause, le droit nous a, au niveau de la CAF, donné raison. On est champion d’Afrique », affirme-t-il.
Cette déclaration résume la position actuelle du Maroc : la CAF a attribué le titre aux Lions de l’Atlas, mais cette décision est contestée devant le TAS par la Fédération sénégalaise. Le dossier reste donc juridiquement ouvert au niveau de l’instance arbitrale internationale.
La prochaine étape sera à Lausanne. Et si l’audience du 8 octobre ne donnera pas immédiatement le nom définitif du champion, elle constituera un nouveau chapitre dans une finale dont le résultat sportif et le résultat juridique ne racontent déjà plus la même histoire.


